[ ITW ] Bas : "Entre Dreamville et TDE, la compétition sera fair-play"

March 16, 2019

 photo : youtube

 

Ce mercredi 13 mars, le Milky Way Tour du rappeur Bas, protégé de J.Cole sur le label Dreamville, faisait escale au Reflektor de Liège. Après un show à la fois intimiste et énergique, on a eu l'occasion de discuter avec lui de son dernier album, que nous avions retenu dans nos sorties préférées de l'été, ainsi que de son parcours et du label qui pourrait bien marquer l'année. Et on a découvert un artiste incroyable d'accessibilité et de gentillesse !

 

La Fièvre : Sur Milky Way, ton troisième album, tu parles beaucoup de tes difficultés à gérer plusieurs aspects de ta vie, comme la célébrité, l’amour et tes regrets. Et pourtant, l’atmosphère musicale est bien plus ensoleillée que sur ton précédent album Too High Too Riot. Comment expliques-tu ce paradoxe ?

 

BAs : Tu as entièrement raison. Une des choses auxquelles je tiens le plus en tant qu’artiste, c'est d'être capable de proposer des concepts différents sur chaque projet. Là où Too High Too Riot concentrait mes réflexions intimes, mes pensées les plus profondes, Milky Way reflète davantage mon caractère du quotidien. Je ne voulais définitivement pas revenir avec le même son. Je voulais plus de "bounce", mettre plus de ma personnalité propre dans cet album. Si on passait du temps ensemble, tu m'y reconnaîtrais.

 

 

 

 

Dans le titre Barack Obama Special, tu mentionnes un épisode assez choquant de ton parcours : ta décision de déménager à cause de voisins racistes. Un sujet sur lequel tu es d’ailleurs revenu sur scène ce soir. Que s’est-il passé exactement ?

 

Cette histoire est véridique. Au début de ma carrière, avec les rappeurs JID, Earthgang et plusieurs membres du staff technique du label Dreamville, on a rassemblé nos économies pour acheter une maison ensemble à Los Angeles. Et on a dû faire face à des voisins très racistes. Je trouve que l’ascension sociale est vraiment un concept qui mérite d’être débattu! En tant que personne noire, quand tu commences à gagner un peu de fric, tu te rends compte qu’il y a plein d’endroits dans lesquels tu n’es toujours pas le bienvenu. C’était clairement le cas de ce quartier dans lequel nous avions emménagé. Un soir, quand un des mes colocataires sortait les poubelles, un voisin lui a dit “on aimait bien ce quartier avant que vous arriviez”. Ils nous envoyaient les flics pour un oui ou pour un non, parfois jusqu'à trois fois par semaine. Un jour, les flics ont trouvé de la weed et nous ont fait du chantage parce qu’un de nos potes était un footballeur professionnel de NFL et qu'il aurait été fâcheux de mettre sa carrière en danger. Donc on a fini par déménager parce qu’on s’est dit qu’on ne gagnerait jamais à ce jeu. La leçon que j’ai tirée de tout ça, c’est que peu importe ton niveau de vie, peu importe le fric que tu amasses, tu seras toujours un nègre pour ceux qui refusent de te considérer autrement. Mais bon, je suis dans une bien meilleure situation à présent. Notre voisine doit avoir 70 ans, elle est super cool et elle n’a pas peur de traîner avec des mecs noirs. Big up à elle !

 

 

Revenons à New York, ta hometown. Dans Icarus, le tout premier titre de l’album, tu rappes “I'm busy, I've been giving New York City a whole new sound”. Considères-tu que la scène rap new-yorkaise historique a perdu son identité ? 

 

Il y a plein d’artistes new-yorkais talentueux, dont certains que je kiffe vraiment, et je ne veux pas que mes propos soient pris comme une attaque envers eux. On connaît le son d’Atlanta, on connaît le son de Toronto, on connaît celui de Miami. Mais à New York, on ne propose plus ce genre d’identité enthousiasmante. New York est devenue un sorte d’addition de tous ces sons qui viennent d’ailleurs. C’est un peu l’effet que Soundcloud a eu sur le rap. Je suis sûr qu’il y a des artistes belges qui doivent sonner comme les rappeurs d’Atlanta, par exemple. Moi, je veux au contraire prendre le temps d’élaborer mes albums pour qu’ils soient différents de tout ce que j’entends autour de moi. C’est cet exemple que je veux apporter à ma ville. Pour donner envie à de jeunes artistes de faire du son différemment. Mais je répète, cette histoire d’identité ne m’empêche pas de trouver géniaux pleins de rappeurs et de collectifs new-yorkais. J’aime particulièrement tout le A$AP Mob et aussi Cardi B qui, plein de gens l’oublient, représente aussi New York. D’ailleurs, si Cardi B était un mec, tout le monde serait en train de clamer que New York est de retour !

 

 

 

 

Dans le single Purge, tu annonces l’ambition collective du label Dreamville, fondé par J.Cole, et sur lequel tu es signé : “Dreamville run the game and we come for everything, man !”. Avec des noms prometteurs comme JID, Ari Lennox et le duo Earthgang, en plus de J.Cole et toi bien évidemment, penses tu que Dreamville peut détrôner TDE (Kendrick Lamar, Schoolboy Q, SZA et Jay Rock notamment) du sommet du rap game ?

 

Absolument ! Quand tu entres dans ce game, c’est pour devenir le meilleur. Aujourd’hui, le but de la majorité des labels est de vendre du stream grâce aux Souncloud rappers qui sonnent tous pareil. Tu pourrais interchanger les noms et les titres de 10 singles et personne ne le remarquerait. Mais, au contraire, TDE est une véritable inspiration pour des labels comme Dreamville ou OVO (fondé par Drake, ndlr) qui veulent vraiment développer leurs artistes. Leur succès nous montre l’exemple à suivre si on veut que notre label pèse vraiment. Cela fait un bon moment que l’on construit dans ce but. Et maintenant, ça commence à payer avec, comme tu dis, JID, Earthgang, Ari Lennox, Cozz ou moi-même, qui perçons individuellement. Les deux ou trois prochaines années vont être cruciales. Je pense que nous avons le talent pour arriver tout en haut du game. Mais ça ne sera pas au prix d’un clash avec TDE. La compétition sera amicale et fair-play. Tu sais, après J.Cole, Ab Soul a été le premier artiste à m’embarquer sur sa tournée. Je m’inspire toujours de ces mecs-là pour devenir un artiste plus créatif, plus talentueux.

 

 

À ce sujet, la sortie du troisième projet collectif de Dreamville, Revenge of The Dreamer III, est programmée pour le mois d’avril. A-t-on le droit d'en attendre beaucoup ? Figurera-t-il dans la discussion pour l’album de l’année 2019 ?

 

Je crois que qu’il a clairement le potentiel pour. Mais le truc c’est qu’on ne peut pas le bâcler. Je peux t’assurer que toute notre équipe de production est en train de taffer dessus en ce moment. Mais personnellement, à ce stade, j’ai un petit goût de trop peu. Les sessions studio ont eu lieu en janvier, puis je suis parti en tournée, JID est parti en tournée, Earthgang est parti en tournée et Ari Lennox a commencé la promo de son album. Et personne n’est retourné en studio depuis, donc je voudrais avoir l’opportunité d’y revenir pour faire ça correctement. On a aussi invité des artistes hors-Dreamville à poser avec nous et ils ont grave assuré ! On a fait trop de bruit autour de ce projet pour se permettre de lâcher le public en reportant sa sortie indéfiniment. Mais s'il s'agissait de mon album solo, je ne le sortirais clairement pas après dix jours de studio. À notre époque, je sais que la hype des réseaux sociaux incite à profiter de fenêtres de tirs rapides. Mais un projet comme Revenge of the Dreamer III se construit minutieusement. En tout cas, chez Dreamville c’est notre façon de procéder. On veut sortir des albums de qualité pour ne pas décevoir nos fans. Et ensuite, on part les défendre sur de longues tournées pour cultiver le contact avec ce public.

 

Et je confirme que c'est plutôt réussi ! Merci pour le temps que tu nous as accordé.

 

C'était un plaisir de se rencontrer, mec !

 

 

             ►  Écoute milky way  ♫

 

 

 

 

 

 

 

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