[ INTERVIEW ] : TheColorGrey, 50 nuances de musiques noires

April 16, 2018

 

 

Dans notre article Anvers Arrive !, on vous le présentait comme un talent belge prêt à exploser, un artiste d'une incroyable polyvalence qui a choisi d'embrasser toutes les facettes des musiques afro-américaines pour nous les servir à sa sauce maison. Dans le cadre d'une tournée pour promouvoir son nouvel EP For What It's Worth, La Fièvre a eu la chance de rencontrer TheColorGrey ce weekend. L'occasion de discuter de cette sortie, du parcours personnel de l'artiste, de sa ville et même de foot !

 

La fièvre : Sur cet EP, tu varies plus que jamais les ambiances. Entre rap, pur R&B, trap et productions plus old school à base de synthé, tu parviens à couvrir un large panel d’influences. Des artistes en particulier t'ont inspiré au moment d'opérer ce mélange ?

 

Thecolorgrey : Oui. Dans les artistes actuels, je peux citer Anderson Paak, Kendrick Lamar et J. Cole. Mais j'écoute aussi beaucoup de soul et de funk en général. J'aime beaucoup D'Angelo, par exemple. Et Prince qui m'a pas mal inspiré pour le dernier morceau de l'EP, You Got To Show Me, dont l'instru est très 80's. J'ai un peu mélangé différentes époques.

 

 

Justement, tu t'inscris dans la lignée des artistes qui rappent et chantent avec talent, mélangeant naturellement hip-hop et R&B. Tu as toujours fait ça ou tu as commencé par un des deux ? 

 

J'ai commencé par rapper vers mes 12 ans et à l'époque j'écrivais mes paroles en néerlandais. L'anglais est venu plus tard. Par contre, j'ai commencé le chant il y a seulement deux ans. Au début je ne voulais pas chanter sur mes titres et je cherchais toujours quelqu'un d'autre pour venir enregistrer les refrains. Mais il y avait toujours quelque chose, un accent ou une manière de poser le flow, qui ne me satisfaisait pas dans le résultat final. Jusqu'au jour où mes potes m'ont conseillé de m'en occuper moi-même. Et c'est comme ça que j'ai fini par m'y mettre. Maintenant, j'aime les deux et je ne calcule pas avec une logique fifty-fifty. Si par exemple j'ai plus de chant et que de rap sur un projet, ça me convient quand même. Je fais comme ça vient sur le moment, en fait.

Thecolorgrey - The status                  

 

À quel moment as-tu eu le déclic qui t'a décidé  à consacrer ta vie au hip-hop ?

 

Depuis l'enfance, j'ai toujours connu le hip-hop à la télé. Mon grand frère rappait également à l'époque. Mais ce qui a vraiment fait la différence c'est quand mon père m'a offert l'album d'Eminem Marshall Mathers LP. Tout me fascinait avec ce CD. La musique elle-même, le livret de paroles, tout... Et c'est à ce moment là que j'ai commencé à écrire des textes.

 

 

En Belgique francophone et en France, quand les journalistes parlent de hip-hop belge, ils se concentrent surtout sur Bruxelles en oubliant souvent le vivier de talents anversois. Comment le vis-tu ?

 

Quand on parle de hip-hop, je n'ai même pas le sentiment que Bruxelles soit considérée comme une ville belge. On dirait plutôt que la scène bruxelloise est vue comme une extension du rap français. Pour nous, le problème c'est la barrière de la langue. Mais je peux le comprendre puisque les artistes français et bruxellois, eux, partagent la même. Personnellement, je compte quand même quelques fans en France mais ça reste malgré tout difficile de s'exporter de ce côté-là. C'est vrai qu'il reste quand même pas mal de travail à faire sur ce terrain.

 

 

Penses-tu malgré tout que, grâce au talent combiné des artistes qui la représentent (Coely, Woodie Smalls, Darrell Cole, K1D, Dvtch Norris, Blu Samu), Anvers pourrait devenir une scène reconnue à l’échelle européenne ?

 

J'aimerais bien que ça arrive mais, honnêtement, je n'y crois pas vraiment... Non, malheureusement, je ne pense pas qu'il soit possible qu'une véritable scène d'importance se développe à Anvers. Pourquoi ? De nouveau à cause de la langue et c'est important pour le public local. Que ce soit moi, Coely, Woodie Smalls, etc, on rappe en anglais et pas en néerlandais. Et puis, pour une autre raison également : les cas de Bruxelles et d'Anvers sont différents. À Bruxelles, c'est comme si tous les rappeurs faisaient partie de la même bande de potes. À Anvers, même si on se supporte évidemment les uns les autres, chacun a beaucoup plus tendance à se concentrer sur son propre truc, sur sa propre trajectoire, en pensant moins de manière collective.

 

 

Sur For What It’s Worth tu as décidé de ne pas faire de featuring. En revanche, une collaboration n'est pas passée inaperçue sur Rebelationton projet précédent : le titre Someday avec l'excellent Oddisee. Peux-tu nous raconter comment tu l’as obtenue et comment s’est passée la rencontre ?

 

Je suis un très grand fan d'Oddisee depuis la sortie de son album People Hear What They See en 2012. Je suis allé le voir l'année suivante quand il s'est produit avec son live band à Anvers. J'ai commencé à le suivre sur Instagram, je likais toutes ses photos et je laissais beaucoup de commentaires. Puis, quelques temps plus tard, j'ai eu la chance de faire sa première partie au VK. Ce jour-là, je le croise en coulisses et évidemment je ne manque pas de lui signaler que je suis un grand fan. Et là, il me répond "hé mais je te reconnais, t'es le gars d'Instagram !" Après le show, on s'est reparlé et je l'ai vraiment trouvé cool, très simple et humble. Il m'a dit "prends mon numéro et si un jour t'as besoin d'un verse, n'hésite pas à demander". Moi je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait, j'avais du mal à croire qu'il m'ait vraiment proposé ça. Et du coup je n'ai pas osé le recontacter. Quelques mois après, je publie une chanson sur Soundcloud, et là c'est lui qui revient vers moi pour me dire "j'ai écouté ton son, c'est vraiment du lourd !" Et là, je me suis quand même dit que c'était le moment d'oser, et donc j'ai profité de l'occasion pour lui proposer un featuring. Il a accepté mais on ne s'est pas retrouvé dans le même studio. Le truc s'est fait à distance.

                thecolorgrey - swerve                     

 

À l'avenir, avec qui aimerais-tu vraiment collaborer ? Imaginons qu'il n'y a aucune limite...

 

Dans un monde idéal, j'aimerais évidemment travailler avec toutes mes idoles comme j'ai eu la chance de le faire avec Oddisee. Mon grand rêve ce serait de travailler avec D'Angelo. Après, ce serait Anderson Paak, Kendrick Lamar, J.Cole... Ça rejoint ceux que j'ai cité dans mes influences, en fait.

 

 

 

Il y a quelques mois, nous avons imaginé une sélection des Diables Rouges du hip-hop dans un de nos articles. Tu étais sélectionné mais tu montais en cours de jeu. Si on te titularise au prochain update, à quel poste tu te vois jouer, compte tenu de tes qualités artistiques ?

 

Haha j'aime le foot aussi ! J'y ai joué et j'étais milieu de terrain. Ce poste me convient parce que je suis assez polyvalent. Au milieu, tu peux toucher un peu à tout et impacter le jeu sans devoir rester dans ton coin avec un seul rôle. Donc oui, milieu de terrain ça me va !

 

 

 

  ►    Écoute l'EP For What It's Worth 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Please reload

© 2017 by La Fièvre. Created with Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now