[ INTERVIEW ] : En tournée, Passi adoube le rap belge

December 11, 2017

 

 

En 1997, Passi, jusque-là connu pour être une moitié du sulfureux duo sarcellois Ministère Amer, sortait Les Tentations, son premier album solo. Vingt ans plus tard, nous avons eu le plaisir de le retrouver lors de l'étape liégeoise de sa tournée anniversaire.

 

Les trentenaires ou autres nostalgiques du rap français des 90's avaient deux célébrations à honorer en cette année 2017. Si l'anniversaire de L'École du Micro d'Argent, mythique album d'IAM, a particulièrement retenu l'attention, une autre des plus belles histoires du hip-hop francophone s'est écrite il y a vingt ans. Après avoir participé à la tumultueuse épopée du Ministère Amer aux côtés de Stomy Bugsy, Passi se lançait en solo avec Les Tentations, un opus mêlant constats sociaux alarmants et introspection. En pleine période faste pour le collectif Secteur Ä (rassemblant à l'époque les groupes Ministère Amer, Ärsenik, Neg'Marrons, ainsi que Doc Gyneco, Hamed Daye, MC Janik et Assia), l'album deviendra un classique du rap hexagonal grâce à des titres marquants tels que Le Monde est à Moi, Les Flammes du Mal ou encore Je Zappe et Je Mate. Deux décennies plus tard, le natif de Brazzaville, passé entre-temps par la case Bisso Na Bisso et les compil' Dis l'heure 2..., sillonne l'espace francophone pour se rappeler au bon souvenir de ses fans. Après le concert de ce vendredi 8 décembre au Reflektor (Liège), La Fièvre a réussi à choper de justesse l'altesse Double S. Entretien.

 

LA FIÈVRE : Au sein du Ministère Amer ou en solo, on vous a toujours senti très militant. Dans les albums Pourquoi tant de haine ?, 95200 et bien sûr Les Tentations, vous avez proposé beaucoup de textes conscients, notamment sur le racisme, la réalité sociale de la vie de cité et les conséquences des brutalités policières. Quelles ont été vos influences musicales et, au delà de la musique, vos influences politiques ?

 

Passi : Musicalement, on était totalement influencé par le côté militant de Public Enemy, mais aussi le côté gangsta de N.W.A. Au delà de la musique, mes influences militantes provenaient essentiellement de figures africaines et afro-américaines, de Martin Luther King à Marcus Garvey. En tant que jeunes noirs en France, on se demandait ce qu'on allait devenir. Et du coup, on regardait ce qu'il se passait ailleurs. Le Ministère Amer a commencé comme ça, quand on avait 15 ans. C'est vrai que ce groupe était hardcore, dérangeant, mais c'était avant tout l'incarnation d'un cri. On se posait un tas de questions et il nous fallait des réponses.

 

 

LF : Avec le Secteur Ä, vous avez tutoyé les sommets du rap français dans la seconde moitié des 90's et, ainsi, marqué toute une génération de fans. Est-ce que ces derniers peuvent espérer vous revoir un jour au complet ?

 

P : Oui ! On est en train de préparer une tournée avec le Secteur Ä. On n'a pas encore toutes les dates mais on passera par la Belgique, c'est certain. Nous, on adore venir ici. Vous êtes nos voisins francophones, vous faites partie des gens qui nous suivent et nous comprennent. Donc pour nous, le passage chez vous est incontournable. Mais pour l'instant, on ne sait pas encore si ça sera Bruxelles ou Liège.                                             Passi - Les Flammes du Mal

 

 

LF : En Belgique, justement, on vient de vivre une polémique autour du choix de Damso pour composer l'hymne de l'équipe belge de football en vue de la Coupe du Monde. Vous qui avez également vécu la persécution politico-médiatique pour vos textes avec le Ministère Amer, est-ce que cela vous étonne qu'on en soit toujours là une vingtaine d'années plus tard ?

 

P : Non... Le rap a toujours subi cette injustice. On appartient à un des genres musicaux qui vendent le plus mais on a toujours eu du mal à être reconnus comme artistes à part entière. Ce qui veut dire que c'est à nous de créer nos propres médias et nos propres mouvements. Mais c'est pas grave... Damso il mange aujourd'hui ce que d'autres ont mangé hier. Moi, je trouve que c'est très bien de l'avoir choisi pour l'hymne de la sélection belge.

 

 

LF : Au delà de Damso, quel regard vous portez sur la scène hip-hop belge dans son ensemble ?

 

P : Le rap belge monte vraiment et se fait beaucoup plus remarquer qu'avant ! On voit arriver plein de nouveaux artistes de chez vous et vous êtes en train de développer toute une identité propre. Je trouve que ce qui différencie le rap belge, c'est une certaine liberté. Tous les gens ne se ressemblent pas. Chacun apporte son délire. C'est justement ce qu'il manque aujourd'hui en France, je pense. Donc c'est vraiment pas pour rien que la Belgique est en train de faire du bruit comme ça chez nous !

 

 

Passi feat. Akhenaton - Le Monde est à Moi

 

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Please reload

© 2017 by La Fièvre. Created with Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now