[ HISTOIRE ] : Aaliyah, un héritage aux fondements du R&B

August 26, 2018

photo : jerseychamps.com

 

Le 25 août 2001, après la nouvelle inattendue de la mort tragique d'Aaliyah, le monde de la black music entamait un très long deuil qui n'est d'ailleurs peut-être pas terminé, tant son nom et son image sont indissociables de l'âge d'or du R&B. Aujourd'hui, certains se rêvent toujours à imaginer à quoi aurait ressemblé la suite de sa carrière si ce foutu pilote d'avion n'avait bravé à la fois la coke, l'alcool et la surcharge de son appareil. Toujours est-il que 17 ans plus tard, il paraît plus opportun d'accepter l'histoire telle qu'elle s'est écrite et de se pencher sur l'héritage que cette incroyable artiste a légué à son genre musical. D'autant plus que, les années passant, certains commencent à s'autoriser le blasphème, comme par exemple dans ce torchon publié sur Slate il y a deux ans. En ce triste anniversaire, il me tenait donc à coeur de rappeler à quel point l'époque glorieuse du R&B a été façonnée par son parcours. Et ce pour au moins trois bonne raisons.

 

 

 

1. La diva next door

 

 

Pour se rendre compte de son impact, il faut d'abord bien vouloir se détacher d'un regard strictement européen sur sa carrière. La majorité d'entre nous a découvert Aaliyah avec la chanson Try Again, et plus globalement avec la B.O. du film Romeo Must Die. Mais outre-Atlantique, son statut de célébrité était déjà largement acquis depuis sa révélation, à l'âge de 10 ans, dans une émission de type Nouvelle Star. En 1994, son premier album Age Ain't Nothing But A Number vient clôturer la période New Jack Swing, genre hybride dont nous vous parlions il y a quelques mois. À l'époque, c'est Mary J. Blige qui incarne l'introduction des chanteuses à voix dans un marketing street susceptible de plaire à la nouvelle génération d'auditeurs (Hip-Hop Soul). Ado s'adressant aux ados, Aaliyah va pousser d'autant plus loin cette démocratisation de la figure classique de la diva grâce à un timbre plus aigu et en prouvant qu'une voix puissante n'était pas nécessaire pour se faire comprendre au sommet des charts. Sur des beats hip-hop produits par la star R.Kelly, son mentor plus que louche avec qui elle se mariera avant même d'être majeure, l'enfant star en bandana et salopette changera les règles du jeu en ringardisant les starlettes inaccessibles et en devenant la meilleure pote imaginaire des teenagers afro-américains. Cette idée de la girl-next-door du ghetto fera des émules pendant l'âge d'or du R&B qui s'annonce.

 

 

2. La sainte trinité 

 

 

Forte de son succès fulgurant, celle que l'on surnomme "Babygirl" grandit vite et parvient à se libérer de l'emprise malsaine de R. Kelly. En vue de son second album, Aaliyah décide de s'entourer autrement et fait appel à deux producteurs prometteurs mais encore peu connus. Sans être des novices, Missy Eliott du groupe DeVante et Timbaland, qui vient de produire le désormais classique Pony de Ginuwine, sont à la recherche d'un projet qui pourra définitivement confirmer leurs noms dans le milieu. L'affaire s'avère finalement concluante pour toutes les parties puisque le trio, qui devient aussi très proche dans la vie privée, rencontre un succès retentissant avec l'album One In A Million en 1996. Au-delà des chiffres de vente (le disque sera certifié double platine en moins d'un an), cet album jouera un rôle majeur dans l'élaboration même d'une identité R&B rompant avec celle de la soul. En définissant un son low-tempo, satiné et un brin futuriste, il consacrera Timbaland comme beatmaker visionnaire, lancera la carrière de Missy et installera Aaliyah sur le trône de première superstar du genre, du haut de ses 18 ans. Chacun de ces trois noms est aujourd'hui devenu mythique.

 

 

 

3. l'icône mode

 

 

Loin de se croire accompliepour autant, Aaliyah se lance d'autres défis, et notamment cinématographiques. En scorant de nouveau sur la B.O. de Dr. Dolittle avec le titre Are You That Somebody ? puis en passant prenant carrément possession à la fois du son et de l'image sur le film Romeo Must Die. Peu étonnant qu'elle ait tapé dans l'oeil des producteurs au vu de l'empreinte visuelle qu'elle laisse sur la seconde moitié des 90's. Égérie de la marque Tommy Hilfiger, elle s'approprie dès ses débuts des tenues traditionnellement considérées comme masculines : maillots de basket, bombers, jean's baggy, bandanas, bonnets et lunettes fumées. Mais la brassière surplombant ses abdos restera sans doute comme la pièce la plus marquante de son audacieuse garde-robe. Jusqu'à son excellent troisième album, sobrement intitulé Aaliyah, les clips de Babygirl (Hot Like Fire, If Your Girl Only Knew, Try Again, Come Back In One Piece, More Than A Woman) explorent une suite de looks iconiques qui feront probablement d'elle la trend-setteuse la plus influente de son époque. Aujourd'hui encore, cette image de marque est véritablement indissociable de l'oeuvre de la chanteuse.

 

 

Une filiation revendiquée

 

Après un troisième album propulsé par les samples orientaux d'un Timbaland au sommet de son art, on voit mal ce qui pourrait entamer le règne d'Aaliyah sur le R&B. Même pas encore les aspirantes des Destiny's Child qui lui vouent elles aussi un culte. Il aura fallu l'inconscience d'un pilote d'avion au retour du tournage de Rock The Boat, son tout dernier clip, pour que l'impensable se produise. Depuis ce 25 août 2001 qui traumatisa des milliers de fans, dont vous et moi, celles et ceux qui se sont allègrement inspiré d'elle pour faire prospérer le R&B ne cessent de rappeler ce qu'ils/elles lui doivent. Car tous savent que sans Aaliyah, il n'y aurait pas eu de Beyoncé, de J-Lo, de Ciara, d'Ashanti, ou même plus proche de nous, de SZA, Justine Skye ou Abra. Est-ce un hasard si Drake, une des plus grosses stars actuelles, arbore fièrement un tatouage de son visage sur son dos ? Aujourd'hui encore, 17 ans après sa mort tragique, les hommages continuent de pleuvoir chaque année. Au point même de prendre un virage opportuniste avec des collections spéciales de Tommy Hilfiger et des cosmétiques M.A.C. Preuve que le souvenir d'Aaliyah est intact chez ceux qui l'ont connue et que son héritage inestimable est validé par les plus jeunes. Comme tout genre musical populaire, le R&B a son propre panthéon de divinités. Si Beyoncé run the world sur Terre, Aaliyah, elle, règne dans les cieux.

Aaliyah - more than a woman

 

 

 

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