[ HISTOIRE ] : Comprendre l'impact d'Illmatic, 25 ans après

April 19, 2019

photo : Youtube

 

Il y a 25 ans jour pour jour sortait Illmatic, le premier album de Nas, qui pour beaucoup d’observateurs reste l'un des plus marquants de l’histoire du rap. L'un des rares disques dont on peut prétendre sans sourciller qu’ils ont fixé un "avant" et un "après", tant son interprète a poussé la technique de flow et le lyricisme à un niveau jamais atteint jusque-là. Un effort qui fera décoller sa carrière mais que Nas aura beaucoup de mal à reproduire au milieu des dossiers qui viennent entacher la suite de son parcours, comme son long clash avec Jay-Z et surtout les violences conjugales envers la chanteuse Kelis, son ex-épouse. Au moment de célébrer les noces d'argent de la seule union positive qu'il en reste, celle entre son public et le meilleur album de sa discographie, retour sur trois éléments de contexte qui ont propulsé Illmatic au rang d'oeuvre mythique.

 

 

1. east coast renaissance

 

 

Pour comprendre l'impact d'llmatic, il faut d’abord revenir sur le contexte historique dans lequel cet album sort. Depuis la naissance du genre dans les 70’s et jusqu’à la fin des 80’s, les noms qui dominent le hip-hop, comme Grandmaster Flash & The Furious Five, Run DMC, Eric B. & Rakim, Big Daddy Kane ou encore Public Enemy, sont tous new-yorkais. Mais l’arrivée tonitruante du groupe N.W.A. en 1988 va complètement bousculer ce centre de gravité en imposant Los Angeles sur la carte. À tel point que, au début des 90's, c’est le son West Coast et G-Funk de Dr. Dre, Snoop Dogg et plus largement de leur label Death Row qui domine sur les ondes. Mais le berceau de la Culture n’a pas encore épuisé son stock de munitions pour autant. Sur une séquence qui s'étale entre la fin 1993 et le début 1995, la scène new-yorkaise enfante une série d’albums majeurs qui vont consacrer une toute nouvelle génération dorée :  Enter The Wu-Tang du Wu-Tang Clan, Ready to Die de Notorious B.I.G., The Infamous de Mobb Deep et donc Illmatic, premier album de Nas. Quand le disque sort, le 19 avril 1994, ce rappeur prometteur d'à peine 20 ans a déjà atteint un niveau de lyricisme exceptionnel parmi ses contemporains, alors même qu'il est déscolarisé depuis de nombreuses années. Flairant le bon coup, la crème des producteurs de la ville s'est déjà rassemblée autour de lui puisque DJ Premier, Pete Rock, Large Professor (Main Source), et Q-Tip (A Tribe Called Quest) sont tous crédités pour les instrus d’Illmatic !

 

 

 

2. Queensbridge 

 

 

Incontestablement, l'album est un chef d'oeuvre d'écriture. Mais si la forme est stupéfiante, le contenu joue également un rôle central dans l'impact qu'il va laisser sur notre culture. Car Illmatic est avant tout une fresque sociale dont la narration est ancrée dans un lieu bien particulier, théâtre des meilleures et pires leçons de vie du jeune Nasir Jones : les Queensbridge Houses. L'une des plus vieilles cités du pays, mais aussi l'une des plus violentes à cette époque. Un quartier qui l'a vu grandir, apprendre les préceptes religieux des Five-Percenters et écrire ses premières rimes d'ado prépubère, encouragé par la rappeuse Roxanne Shante qui vit dans un immeuble voisin. Comme d'autres figures du renouveau East Coast, Nas se fait le chantre des thématiques psychologiquement plombantes dont son lieu de vie est le décor. La misère sociale des ghettos afro-américains, l’impossibilité d’échapper à la délinquance en grandissant et la sélection naturelle dans un environnement hostile sont ici abordés en noir et blanc, tranchant brutalement avec l’attitude vaniteuse et ostentatoire des rivaux de la côte ouest. Queensbridge étant sa première muse, Nas contribuera (avec Mobb Deep) au travers de ses textes à la rebatir comme un lieu mythique dans la tête des plus grands amateurs de rap.

 

 

 

3. chienne de vie

 

 

Sur la tracklist d'Illmatic, plusieurs titres ont traversé les époques grâce au flow et au talent d'écriture de Nas. N.Y. State of Mind et Memory Lane évidemment, mais aussi The World Is Yours, One Love, Represent, et It Ain’t Hard To Tell qui sont tous devenus de véritables classiques. Mais s'il fallait retenir un morceau qui concentre, à lui seul, toute la puissance de cet album, c'est bien Life’s A Bitch ! Un featuring qui fait toujours débat aujourd’hui, tellement les couplets respectifs de l'hôte et de son invité sont brillants. Si l'on n'a plus du tout l’habitude d’entendre son nom de nos jours, le rappeur AZ était pourtant, lui aussi, un lyriciste hors pair. Lorsqu'il est invité à poser sur ce titre, il est frappé par la grâce et sort la prestation de sa vie en 40 secondes. Comme s'il savait déjà qu'il joue là le seul véritable moment de gloire d'une carrière certes honnête mais jamais mainstream. Le résultat est à couper le souffle, au propre comme au figuré. Le flow d'AZ et sa voix à fleur de peau viennent de délivrer l'un des meilleurs couplets de l’histoire du rap, volant quasiment la vedette à un Nas qui, sur un ton plus posé, propose pourtant un storytelling irréprochable. Et pour la petite anecdote, on ne remarque pas toujours que Life's A Bitch se termine sur le solo de trompette d'un troisième protagoniste qui vient, à son tour, apporter sa petite touche de mélodrame. Il s'agit du musicien Olu Dara, qui n'est autre que le père de Nas !

 

 

 

                  ► Écoute Illmatic ♫

       et mate le docu Time is illmatic

 

 

 

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