[ INTERVIEW ] : Blu Samu, l'évasion pour thérapie

June 4, 2018

 

Et si la prochaine tête d'affiche de la scène hip-hop et R&B belge était une jeune anversoise d'origine portugaise, quadrilingue sans même forcer ? Dans notre dossier Anvers Arrive, on vous avouait avoir hâte d'en découvrir davantage sur Blu Samu, ce nouveau visage qui s'impose peu à peu dans notre paysage musical. Souhait désormais exaucé ☑. De passage à Liège pour se produire au Kultur.a, c'est une artiste très sociable et débordante d'énergie qui a accepté de passer un moment avec nous pour nous parler de son actualité et de son parcours.

 

La Fièvre : Dans tes titres, tu alternes toujours entre rap et chant. Par laquelle de ces disciplines as-tu commencé ? Avais-tu de base une préférence plutôt pour le rap, ou plutôt pour le R&B ?

 

Blu Samu : Au début je ne faisais que chanter. Mais même si j’aimais vraiment ça, je n’étais pas vraiment satisfaite du résultat, comme s’il me manquait encore quelque chose. Mais j’étais aussi attirée par le slam donc j’ai appris à quel point la poésie pouvait être rythmique et ça m'a menée à écrire mes premiers textes de rap. À partir de là, j’ai commencé à développer un véritable amour pour le hip-hop, sa culture et son ouverture d’esprit. Et donc j'ai continué à construire mon truc en mélangeant rap et R&B.

 

 

À quel moment as-tu eu le déclic qui t'a décidé à consacrer ta vie au hip-hop ?

 

J'ai toujours su que je voulais m’exprimer à travers l’art d’une façon ou d’une autre parce que j’ai toujours eu ce désir d’évasion en moi. Mais à 19 ans j’ai perdu quelqu’un de très important dans ma vie. J’ai traversé une période difficile pendant laquelle j’écoutais beaucoup de hip-hop. Un jour, j’ai écrit mon premier texte de rap et ça m’a fait tellement de bien ! J’avais enfin l’impression d’avoir trouvé ce que je voulais vraiment faire.

 

 

Parmi les artistes que tu as écoutés tout au long de ton parcours personnel, lesquels peux-tu retenir comme influence ou source d'inspiration pour ton travail ?

 

Quand j’étais petite, on n'avait pas les moyens de s'acheter beaucoup de CDs. Ma mère m’offrait parfois des compilations de “hits” qui m'ont permis de m’ouvrir à plusieurs genres musicaux. Quand j’ai eu l’âge de chercher par moi-même, les chanteuses Sade et Amy Winehouse m’ont donné envie de m’intéresser davantage au jazz et j'ai découvert Nina Simone, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Duke Ellington. Donc on peut citer le jazz comme influence. Ensuite, quand je suis entrée dans l’univers hip-hop, je me suis intéressée à Lauryn Hill, Erykah Badu et Akua Naru, des femmes que je trouvais touchantes et qui mélangeaient justement rap et R&B. Parce que moi, je considère qu'Erykah Badu elle rappe aussi. Ce sont des artistes qui m’ont vraiment influencée quand je me suis lancée.

 

 

Contrairement à Coely, Woodie Smalls, The ColorGrey ou encore Darrell Cole, tu as quitté Anvers pour t'installer à Bruxelles. Quelles sont les raisons de ce déménagement ?

 

Surtout le manque de gens avec qui travailler. Quand je me suis lancée, TheColorGrey ou Darrell Cole ne me paraissaient pas être des gens très accessibles. Depuis, je me suis rendue compte que c’était faux. Ils sont en fait très accessibles et j’ai d’ailleurs encore passé du temps avec Darrell il y a quelques jours. Mais quand tu débutes à Anvers, les choses ne sont pas si claires. Soit on s’imagine que les gens sont déjà inaccessibles, soit on se rend compte que les artistes qui veulent percer préfèrent rester concentrés sur leur propre crew. Ils considèrent que les collaborations ou les jam sessions en studio sont une perte de temps. Alors que justement, les jams permettent de rencontrer d’autres artistes, de leur faire connaître ta musique et de créer des opportunités. Les artistes bruxellois que j’ai rencontrés, comme Le 77, étaient au contraire beaucoup plus enthousiastes à cette idée, genre “pas de problèmes, passe au studio quand tu veux !" Donc je me suis dit qu'il fallait que je bouge à Bruxelles pour retrouver cette ambiance plus familiale. Je crois que je me sentais un peu à l'étroit à Anvers parce que j’ai toujours été inconsciemment plus en phase avec la mentalité bruxelloise qu'avec la mentalité anversoise.

 

 

Justement, on te voit souvent en compagnie du groupe Le 77. Tu peux nous expliquer comment tu les as rencontrés et comment vous avez commencé à travailler ensemble ? À quel niveau ont-ils été déterminants dans le début de ta carrière ?

 

Ah ça, c'est très important ! J'ai rencontré les gars du 77 par une amie commune avant que je déménage à Bruxelles et on a jammé ensemble en studio deux ou trois fois. À cette époque, je devais beaucoup travailler pour subvenir à mes besoins. Donc j’étais vraiment déprimée parce que je faisais de moins en moins de musique. Un jour, je les ai appelés pour leur expliquer que je voulais vraiment bouger sur Bruxelles mais que je n'avais pas beaucoup d'argent pour me loger. Quand je leur ai demandé si je pouvais louer une petite chambre chez eux, ils ont accepté tout de suite en disant que ça allait être génial, autant pour moi que pour eux, et qu’on allait pouvoir avancer ensemble. Ils ont vraiment été déterminants pour le début de ma carrière parce qu’ils m’ont amenée partout, dans des endroits où je n’aurais jamais pu aller seule. Ils m’ont donné de la visibilité pendant leurs concerts, non seulement par les morceaux qu'on avait fait ensemble mais aussi en m'accordant à chaque fois quelques minutes pour un titre en solo. J’ai eu beaucoup de chances qu’ils aient aimé ce que je fais et qu’ils aient cru en moi.

 

 

Tu as dévoilé le clip de Sade Blu le mois dernier. Cette sortie annonce-t-elle un projet plus large ?

 

Un EP de 5 ou 6 tracks va arriver mi-juin ou fin juin. Sade Blu sera dessus mais pour le reste, je garde le mystère ! Tous ces titres ont été écrits et produits après mon arrivée à Bruxelles. Donc c’est vraiment du son avec lequel je peux m’identifier en ce moment. J’ai vraiment hâte de partager ça et de voir comment les gens vont réagir. C’est le premier vrai projet sur lequel je suis impliquée du début à la fin, de l’écriture jusqu’aux clips. C’est mon bébé !

 

 

Si, pour un prochain projet dans un monde idéal, tu avais la possibilité d'inviter un.e artiste US, un.e artiste francophone et un.e représentant.e de la scène belge, qui choisirais-tu ?

 

Pour choisir un artiste US, c’est chaud parce qu’il y en a tellement de bons… Je pourrais dire le groupe Oshun mais finalement si j’avais le choix entre elles ou Tyler the Creator, je choisirais Tyler. Il est tellement créatif et il a cette approche si différente... Si j’avais la possibilité de rentrer dans la tête de quelqu’un, ça serait lui. Ce serait un vrai rêve de collaborer avec lui ! Pour l’artiste francophone, je peux dire Kaytranada ? Il est québécois quand même ! Je trouve que c’est un génie. Ce qu’il fait est incroyable. Son titre avec Anderson Paak c’est du NEXT LEVEL !  En rap belge, dans ceux avec qui j’ai pas encore collaboré, je kifferais faire un truc avec Isha. Et aussi avec Martha du groupe Soul’Art. Elle, je vais la ramener en studio !

 

 

Hip-hop rime aussi avec mode. On a remarqué ton style vestimentaire propre : toujours street, avec une touche originale au niveau des lunettes. C’est un look travaillé ou tu fonctionnes au feeling ?

 

J’ai justement oublié mes lunettes aujourd’hui, je me sens nue !  Pour les gros events, comme par exemple les festivals, c’est ma meilleure amie, qui est styliste, qui s’occupe de moi. Elle fait ça depuis qu’elle a 16 ans et elle a l’habitude de me filer des fringues en m'accusant d'être mal habillée (rires). Là aujourd’hui, je trouve que ça va encore mais je commence tout doucement à comprendre ce que je dois faire (rires). Mais franchement, je n'ai jamais été la fille qui se souciait d’être stylée. Moi je m’en foutais, on était pauvres, j’avais pas nécessairement beaucoup de vêtements et je n'allais pas vraiment faire du shopping. Je commence seulement à faire un peu d’argent maintenant. Donc pas de lunettes aujourd’hui mais j’ai mon manteau Helly Hansen à 5 euros. Ça sera ma touche de style pour ce soir ! (rires)

blu samu - i run

 

 

 

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