[ ITW ] Obia le Chef : "Je voulais montrer aux gens que Roi Heenok sait rapper"

October 29, 2018

 photo : youtube

 

Ce n'est plus un secret pour personne, le rap francophone est en pleine mutation depuis quelques années. S'ouvrant à d'autres horizons, hors des frontières de l'Hexagone, il a notamment vu se révéler une solide scène belge. Profitant de cette dynamique, c'est à présent au tour du rap québécois de faire parler de lui. La Fièvre a pu rencontrer l'une de ses têtes d'affiche, le bien nommé Obia le Chef, de passage à Liège pour un showcase à la Centrale Son.

 

La Fièvre : Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne connaissent pas encore le rap québécois ?

 

Obia le chef : Moi, c'est Obia le Chef. Je suis originaire d'Haïti et j'ai grandi à Montréal. Je fais de la musique depuis que je suis tout petit. Et au delà de la musique, j'ai travaillé beaucoup dans le monde du clash et du spoken word. Jusqu'ici, j'avais sorti tous mes projets en indé : Le Procédé en 2011, Le Théorême en 2013 et Paranoia Vol. 1 en 2016. Puis, 7ème Ciel, un des plus gros labels québecois de hip-hop, m'a approché. Ils m'ont signé parce qu'ils ont vu que j'avais une certaine éthique de travail. C'est ce qui m'a permis de sortir Soufflette, mon premier album en maison de disque.

 

 

Tu viens de le rappeler, Soufflette est le titre de ce dernier album. Peux-tu nous expliquer ce que ce mot signifie ?

 

En créole haïtien, une soufflette c'est une claque violente qui exprime un certain mépris à l'égard de quelqu'un qui t'aurait, par exemple, manqué de respect. Mais j'aime aussi le sens européen du mot pour parler d'un shotgun de weed, quand on passe la fumée à quelqu'un d'autre. Au final, dans ce cas là aussi tu prends une claque parce que ça te rend vite high. Du coup ça résume un peu le double sens que je voulais donner au titre de l'album : il te met une claque pour te réveiller et, en même temps, il te met bien.

 

 

Comment s'est déroulé le processus de création de cet album ? Dans quel mood l'as-tu abordé ?

 

Dans un mood de vainqueur ! À ce moment-là, j'en étais à une étape de ma vie où j'avais mis plusieurs histoires derrière moi. J'avais un peu abandonné la street pour me concentrer sur la musique. J'ai fait appel aux beatmakers de confiance comme Kaytranada, High Klassified, DoomX, Freakey et Benny Adam qui s'est chargé du mixage des maquettes. En terme de processus créatif, je commençais en faisant un yaourt à partir duquel j'essayais de trouver un concept, puis j'allais bien sûr en studio peaufiner ça.

 

 

 

 

Parmi les artistes que tu as écouté tout au long de ton parcours, lesquels t'ont influencé dans ton travail ?

 

Cette question est difficile parce que j'ai eu différentes influences à différentes périodes de ma vie. Quand j'ai commencé à rapper en français, c'est Muzion, un groupe de Montréal, qui m'a le plus influencé. En particulier Dramatik, un de leurs membres. C'était un spécialiste du freestyle et vraiment ma première influence en terme de technique d'écriture et de flow. Mon premier morceau était d'ailleurs une collab avec lui en 2002. Je l'avais harcelé pour faire un son et il avait fini par accepter ! J'ai aussi beaucoup suivi Alkpote et son groupe Unité 2 Feu. Ensuite, il y a eu les influences trap comme Future. Et Migos dont j'étais un des premiers fanatiques dès la mixtape Young Rich Nigga, au début de leur carrière. Plus récemment, j'ai beaucoup observé Caballero & JeanJass pour leur approche scénique.

 

 

Sur l'album, on retrouve justement un featuring avec Caballero & JeanJass, CQJVD. Comment cette connexion s'est-elle faite ? As-tu une affection particulière pour les rappeurs belges ?

 

Bien sûr ! Caballero vient comme moi du monde des clash, donc on se suivait depuis cette période. J'ai été attentif à leur parcours. Et quand ils sont venus à Montréal, je suis allé voir leur concert, on s'est capté et on a chillé un peu. Quand j'ai commencé à taffer sur l'album, je leur ai envoyé une prod' chaude de High Klassified et ils étaient intéressés. Donc ça s'est mis naturellement. Je trouve ça cool de voir que le succès ne leur monte pas à la tête. Même si les gars ont des followers de ouf, il y a toujours eu un respect mutuel entre nous. Donc gros big up à Caballero & JeanJass pour ça !

 

 

 

 

L'autre featuring sur Soufflette, c'est Yalla avec Roi Heenok, légende des internets ! Comment s'est-il retrouvé sur le projet ? Pourquoi c'était important pour toi de collaborer avec lui ?

 

Heenok, c'est quelqu'un que je connais depuis très longtemps. Vers 2005, à l'époque où il n'y avait pas vraiment de représentation de la musique urbaine au Québec, mes gars et moi on a monté une street team qui s'appelait Ground Up Entertainment. On allait filmer tous les gars de rues pour compiler ça sur des DVD magazines qu'on vendait ensuite. Et en l'occurrence, Roi Heenok était un des rappeurs qu'on avait été cherché parce qu'il avait une grosse visibilité en Europe, même si personne n'avait vraiment approfondi le personnage. On est donc resté en contact depuis cette époque-là. Ce que les gens ne savent pas, c'est que c'est un excellent ingé son ! Donc j'ai d'abord fait appel à lui pour ma mixtape Paranoia. Puis, la connexion s'est refaite naturellement avec Benny Adam et moi quand on a commencé à travailler sur Soufflette. Je voulais aussi le ramener au premier plan pour montrer aux gens qui ne le connaissent qu'à travers ses délires qu'il sait vraiment rapper. Pour moi, sur ce morceau, c'est du Heenok au meilleur de sa forme.

 

 

Avant de te concentrer sur tes derniers projets, tu as participé à plusieurs concours, dont WordUp! et Rap Contenders. Quelle importance a eu l'école des battles dans ton parcours ?

 

Avant que les clash commencent au Québec, j'étais déjà sur cette voie puisque j'étais un des premiers à faire un verse a capella sur trois minutes avec que des punchlines. J'aime beaucoup écrire et l'aspect compétitif me motive énormément. C'était un vrai défi de faire des clashs de haut niveau. C'était cool le temps que ça a duré. J'aurais pu continuer mais je n'avais plus vraiment besoin de faire mes preuves et j'ai préféré me consacrer pleinement à la musique. Et ça aussi c'était un défi parce que, à l'époque, on considérait souvent que les clasheurs ne pouvaient pas faire de musique et inversement.

 

 

En Europe, on entend de plus en plus parler d'artistes comme Loud, Alaclair Ensemble, Dead Obies, Zach Zoya, etc. Penses-tu qu'on est en train de vivre l'âge d'or du rap québécois ?

 

C'est possible, seul le temps le dira. Mais c'est sûr que c'est le début de quelque chose. Il y a définitivement un engouement, un intérêt pour le rap québécois. Pendant longtemps, les gars ont essayé de percer et là ça se débloque d'un coup. Donc c'est certain qu'on va essayer d'exploiter ça un maximum pour que ça donne quelque chose de cool !

 

 

 

 

             ►  Écoute Soufflette  ♫

 

 

 

 

 

 

 

 

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