[ LA FICHE ] : Brockhampton - Saturation & Saturation II

September 4, 2017

 

En marge des sorties programmées de Kendrick Lamar et de Joey Bada$$, on se demandait un peu de quelles surprises cette année 2017 serait faite. Une bonne partie de la réponse est tombée cet été avec la sortie le 9 juin de SATURATION, premier album du groupe Brockhampton, suivi dans la foulée par SATURATION II ce 25 août. Présentation.

 

C'est autour de Houston, ville texane médiatisée pour de bien plus tristes raisons depuis une semaine, que les rêves de gloire du jeune rappeur Kevin Abstract se cristallisent un jour sur un projet ambitieux : se faire des amis, les convaincre de faire de la musique et construire avec eux une start-up du hip-hop qui deviendra empire. Formé en deux temps, d'abord par un noyau de potes de lycée puis par un recrutement sur le forum KanyeToThe, ce collectif rassemble aujourd'hui une petite quinzaine d'artistes de disciplines et d'origines différentes. Rompant avec l'ambiance soul planante de leur seule mixtape ALL-AMERICAN TRASH, parue l'an dernier, le collectif texan est en train de réussir le tour de force que l'on n'avait pas vu venir.

✔ Validé

 

 

 

Production : Des instrus froides, sombres, voire anxiogènes, qui sonnent comme une B.O. de film d’horreur. Des refrains hypnotiques presque incantatoires. Brockhampton réinvente le sous-genre horrorcore qui a connu son heure de gloire avec des groupes de New York (Gravediggaz, Flatlinerz) et de Memphis (Three 6 Mafia, Evil Pimp) dans les 90’s et 00’s. À l’ère de la trap et des sonorités caribéennes, c’est un choix artistique audacieux.

 

 

Diversité : Si ce son caractéristique retient particulièrement l’attention, le crew texan est très loin de rester coincé dans ce schéma. En effet, Brockhampton ne semble avoir aucun tabou quant à la forme d’un morceau et la construction d’un album. D’une piste à l’autre, ils peuvent passer du rap le plus hardcore au chant le plus mélancolique, de guitares rock aux basses funk, de l’autotune aux voix pitchées. Cette grande diversité dans le son reflète celle des sensibilités artistiques au sein du collectif et permet donc à chacun, producteurs compris, de s’exprimer sur les deux albums. D'ailleurs, ces rencontres génèrent parfois des hybrides intéressants, mélangeant rap, R&B, rock ou jazz, comme le titre CASH, par exemple.

 

Identité : C'est sur le plan visuel, grâce à une série de clips divulgués à la chaîne, que Brockhampton a trouvé la formule apportant une nécessaire cohérence à cet ensemble un brin chaotique. Le schéma récurrent de ces dix vidéos marquera les amateurs de hip-hop qui ont découvert ou vont découvrir ce groupe. Articulées autour d'une intro mettant en scène Roberto (un membre du collectif) dans des situations absurdes, elles prennent pour décor de leurs gesticulations les rues du quartier de Los Angeles dans lequel le crew s'est installé en résidence permanente. Efficace.

 

Marketing : Par le passé, on a évidemment déjà vu des doubles albums ou des artistes sortir des mixtapes à une cadence rapprochée. Mais sortir deux opus, dont l’un est assumé comme la suite de l’autre, en moins de trois mois d’intervalle, on n’en a pas le souvenir. Brockhampton réussit donc à rester dans l’actualité sur une plus longue période, tout en évitant de faire avaler son contenu en un seul morceau indigeste. Astucieux quand on doit se construire une notoriété. Et mission accomplie.

❌ Signalé

 

 

Déjà vu #1 : Par moment, l'imagerie prétendument déjantée affichée par Brockhampton rappelle furieusement le défunt collectif Odd Future. Une comparaison qui peut aller plus loin, tellement on ne peut s'empêcher d'imaginer Tyler the Creator débarquer d'un moment à l'autre sur une des nombreuses instrus qui colleraient parfaitement à son personnage. Espérons que la troupe de Kevin Abstract saura renouveler ses codes pour ne pas que ce parallèle, inévitable aujourd'hui, lui colle éternellement à la peau.

 

déjà vu #2 : Les membres de Brockhampton aiment se persuader que leur manière de fonctionner est inédite. Sauf que c’est loin d’être le cas. Rassembler ses potes pour monter une affaire indépendante et privilégier une liberté artistique totale est une idée excitante. Mais les collectifs font partie intégrante de l’histoire du hip-hop depuis la naissance même du genre. Entre les multiples groupes du Bronx des 70's et 80's jusqu'aux A$AP Mob, Odd Future et Pro Era des 10's, en passant par les Native Tongues, Wu Tang Clan et Dungeon Family des 90's, ce chemin a déjà été maintes fois emprunté avant qu'ils ne le revendiquent. Et se définir comme boy band au lieu d'admettre qu'ils sont un groupe de rap ne fera pas d'eux des révolutionnaires.

 

LES NOTEs

 

 

Kevin abstract (8) : Forcément, celui qui est à l’origine du concept ne peut pas être mal noté. Surtout qu’il est vraiment au four et au moulin, et ce avec succès. Bon rappeur, le cerveau du groupe est aussi présent au chant sur beaucoup de refrains. En plus d’être producteur exécutif des deux albums et réalisateur des clips. Et malgré cet emploi du temps bien rempli, il arrive encore à se construire une carrière solo en parallèle.

 

ameer vann (7,5) : Dans un groupe méconnu, être celui qu’on identifie le plus vite est forcément utile, surtout quand on est bourré de talent. Il compense un flow qui pourrait progresser par un gros charisme, une voix grave et un ton sentencieux qui font de lui le visage du groupe. Ce n’est donc pas un hasard si c’est lui qui figure sur les pochettes des deux albums.

 

 

Dom mclennon (8) : Son flow est fourni, varié et dégage une impression d’insolente facilité. Ce qui lui permet d'être un des membres les plus présents sur les deux albums. Techniquement parlant, il est un cran au dessus des autres rappeurs. Ses couplets sur BANK, SWAMP et TOKYO en sont peut-être les meilleures illustrations. Un autre talent individuel à surveiller de près.

 

 

matt champion (5) : Difficile à cerner car la qualité de ses interventions est très variable. Parfois convaincant, voire excellent sur certains titres (JELLO), il peut paraître incroyablement soft à côté des autres quand les choses se corsent. On en veut pour preuve ses prestations dans GOLD et HEAT, deux des titres phares du groupe.

 

 

merlyn wood (3) : Pourtant capable de mieux, le rôle qui lui a visiblement été attribué est celui du clown qui apporte un grain de folie au milieu des lyricistes. Même s’il est heureusement utilisé avec parcimonie, ses hurlements et son numéro surjoué peuvent vite devenir agaçants, surtout dans les clips. N’est pas Flavor Flav ou Ol’ Dirty Bastard qui veut.

 

 

joba (6) : Chanter avec un flow de rappeur, c’est le truc à la mode depuis un moment. Mais Joba est des artistes qui font ça bien. Sa voix, qu’elle soit douce (FACE) ou agressive (HEAT), et le malaise que suscitent ses apparitions à l’écran apportent une dimension supplémentaire au groupe. Si le risque de tomber dans la caricature n’est jamais loin, on pouvait s’attendre à pire de la part d’un geek grunge à la voix de Justin Timberlake.

 

Photos by Ashlan Grey

verdict

 

Depuis 2011-2012, début d'un renouvellement majeur dans le paysage du hip-hop US, on a vu passer pas mal de jeunes artistes ou de soundcloud rappers qui n'ont jamais vraiment confirmé les attentes placées en eux. La mixtape ALL-AMERICAN TRASH aurait très bien pu, comme beaucoup d'autres, rester sans lendemain. Mais la qualité de ce qui vient de nous être livré en deux temps nous fait penser que Brockhampton est parti pour s’installer, en dépit de cette comparaison gênante avec Odd Future. À l’inverse de la troupe de Tyler the Creator et Frank Ocean, qui était avant tout une addition d’artistes et de groupes distincts, les individualités sont, sur SATURATION et SATURATION II, mises au service d’un vrai fond de jeu collectif. En résumé : audacieux, percutant et bienvenu. Et si on en croit les dires de Roberto dans le clip de FOLLOW, on n'en a pas encore fini avec eux en 2017 : "Me llamo Roberto, y es el primer single de SATURATION III."

 

Meilleurs titres : 

  • SATURATION : HEAT, STAR, CASH, FACE

  • SATURATION II : GUMMY, TOKYO, CHICK, JUNKY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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