[ LE PROFIL ] : Cardi B, dis-moi kietu ?

October 8, 2017

 

Le 25 septembre dernier, Cardi B, encore relativement inconnue il y a peu, devenait la première rappeuse depuis 19 ans à accéder à la première place du classement Billboard grâce à son titre Bodak Yellow. Mais Cardi, dis-moi, qui es-tu ?

 

Le petit monde du rap ne parle que d’elle depuis deux semaines. Star d’Instagram et figure marquante de l’émission de télé-réalité Love & Hip-Hop, Belcalis Almanzar, alias Cardi B, a construit sa notoriété sur de multiples coups de gueules, bagarres, et interviews hilarantes dont il existe plusieurs compilations sur Youtube. Jusqu’à l’année dernière, il ne coulait pas de source qu’elle allait se positionner sérieusement comme un espoir du rap new-yorkais. Car c’est bien de cela dont il s’agit et pas d’une course à qui incarnera le “rap féminin” de demain. En se ruant sur cette étiquette limite insultante (comme si les rappeuses devait concourir dans une catégorie à part car pas assez talentueuses pour le monde des hommes) ainsi que sur les comparaisons simplistes avec Nicki Minaj, les médias qui s’intéressent à elle passent souvent à côté du sujet. Afin de prendre le contre-pied de cet angle réducteur, La Fièvre a décidé de noter les différents aspects de son “game”. Mais d’abord, pour mieux saisir les subtilités du personnage, la parole est à la défense.

 

 

Cardi B... par Cardi B

 

Beaucoup de gens me croient stupide parce que je ne parle pas un anglais parfait [...] J’ai grandi dans le Bronx, à High Bridge, mais j’allais tout le temps chez ma grand-mère à Washington Heights (quartier du nord de Manhattan à prédominance dominicaine). Je crois que c’est pour ça que j’ai un tel accent [...] Mon père me forçait à parler espagnol. Et ma mère parlait un anglais approximatif. - (GlobalGrind)

 

Quand j’ai commencé mes études, je suivais des cours d’histoire et de sciences politiques. C’était ça mon truc.

- (Vlad TV)

 

J’étais vraiment pauvre, je vivais avec mon mec qui me tapait dessus et j’avais du abandonner mes études [...] Comment je pouvais me sortir de là avec 20 dollars par semaine ? - (Vlad TV)

 

Le strip club m’a vraiment sauvée. ça m’a permis de manger et d’avoir un toit. J’avais un autre job avant mais ça ne rapportait pas assez. Mon manager, qui a fait tellement de choses pour moi, je l’ai rencontré dans un strip club. Ce mec est comme un père pour moi. - (GlobalGrind)

 Cardi B - Lit Thot                     

Quand je suis devenue strip-teaseuse, j’ai vraiment ressenti qu'il était nécessaire que je me fasse refaire les seins. Je travaillais dans un club “de blancs” et je voyais que les filles blanches gagnaient plus d’argent que les filles comme moi [...] Et ensuite j’ai bossé dans un autre club, dans le ghetto, et là je me disais “merde, j’ai pas assez de formes, je dois refaire mon cul”. Mon estime de moi-même baissait sans cesse. Et parfois, tu tombes sur un mec qui a probablement été à l’école avec toi, qui est plus con que toi, et qui veut que tu remues ton cul ou qui te demande s’il peut te mettre des claques sur les fesses. - (Vlad TV)

 

J’écrivais parfois des poèmes. Et pour déconner, je remixais souvent des chansons qui passaient dans la voiture. Celui qui allait devenir mon manager l’a remarqué et m’a conseillé de m’essayer au rap. Un jour, il m'a apporté des beats en me demandant de rapper dessus et j'ai dit “euh...ok je vais essayer". Et je l'ai fait !  - (GlobalGrind)

 

Je veux transmettre un message aux filles, mais je le fais d’une manière amusante. Michelle Obama est une femme qui peut être considérée comme un exemple. Mais dans le ghetto, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas fait d’études. Ils ne vont pas comprendre le vocabulaire de Michelle Obama. Mais ils vont comprendre le vocabulaire de Cardi B. 

- (GlobalGrind)

     Les Notes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       

                 Flow          Lyrics          Prod'           Aura

 

 

Flow (8) : Cardi se trouve parfois prisonnière du tempo lent de la trap alors qu’on sent qu’elle meurt d’envie de cracher du feu. Malgré tout, elle est loin d’être ridicule dans le premier cas et est capable du meilleur dans le second. Autrement dit, elle sait adapter son flow à différents styles ou même proposer des variantes dans la même chanson. C’est évidemment une vraie force.

 

Lyrics (5) : Pas de surprise du côté des paroles de la rappeuse du Bronx. On y retrouve les thèmes de base du gansgta rap : la rue, les moyens d'en sortir, l'amour de l’argent amassé et les comptes à régler avec les haters. Ce dernier aspect est très sensible dans ses textes et on sent qu’elle estime avoir beaucoup de choses à prouver. Dans la majorité de ses titres, elle fait référence à son ancien métier de strip-teaseuse, à ses opérations de chirurgie esthétique et... aux états d'âme de sa “pussy”. Rien d'injustifié au vu de son parcours, mais il faudra proposer un contenu moins répétitif par la suite.

 

Choix de prod’ (4) : Certains titres donnent envie de détruire la piste de danse, comme Lit Thot , par exemple, et évidemment Bodak Yellow. Mais globalement, le choix des productions sur les mixtapes Gangsta Bitch Music Vol.1 & 2 représente le point faible de Cardi B jusqu’ici. Il est vrai qu’il s’agit aussi du domaine sur le lequel elle a moins de prise directe, étant donné qu’elle ne s’auto-produit pas. On espère qu’à l'avenir elle aura le nez plus creux dans ce domaine pour que ses titres sonnent moins cheap qu'actuellement.

 

Aura (8) : Avec un tel tempérament, Cardi B peut difficilement laisser indifférent. Alternant entre une attitude rigolarde en interview et ses coups de sang sur Instagram ou dans Love & Hip Hop, elle accapare instantanément l'attention sans trop de difficulté. Pour se concentrer plus particulièrement sur l’aspect musical, on retiendra une détermination sensible et un esprit revanchard expliqués par son parcours personnel. Et un vrai charisme, tout simplement.

 

 

 

Note globale : 6/10

 

Ce 6 n'a rien d'une note sévère. Son ascension fulgurante ne doit pas faire oublier que Cardi B est à l'aube de sa carrière. Comme de nombreux artistes dans la même situation, c'est un peu la débrouille pour s'entourer artistiquement. Mais le talent est là, indéniablement. On a hâte de voir ce qu'elle montrera une fois qu'elle bénéficiera d'une encadrement réellement pro. En espérant que l'appât du gain ne la fasse pas succomber aux sirènes de la pop. Un choix de carrière qui la condamnerait à jamais au statut de clône de Nicki Minaj.

 

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