[ THE MAP ] : I'm the King of New York!

August 23, 2018

Jamie McCarthy/Getty Images Entertainment/Getty Images; Neilson Barnard/Getty Images Entertainment/Getty Images

 

 

"I'm Makaveli's son, I'm the king of New York". En 2013, Kendrick Lamar mettait la planète rap en émois en balançant cette punchline sur le titre Control de Big Sean. Et pour cause, en se revendiquant maître des deux côtes (Makaveli étant l'un des surnoms de Tupac), le porte-drapeau de L.A. avait titillé l'égo d'un milieu new-yorkais n'appréciant pas qu'on prétende ainsi l'annexer comme une vulgaire province. Dans la Big Apple, on ne rigole pas avec ce titre de "King of New York". Le trône tant convoité, successivement occupé par des monuments tels que Rakim, Nas, Biggie, Jay-Z ou 50 cent est strictement réservé à ses natifs. Mais cinq ans après avoir vu son absence de leader pointée du doigt par la concurrence, où en est justement cette relève ? Sur les terres qui ont vu naître tant de légendes de notre sport, une guerre de pouvoir a bien lieu en 2018. Laquelle des cinq Maisons convoitant la couronne triomphera au bout de ce jeu de trônes ? Voici leurs histoires.

 

MAISON DU BRONX 

 

Ayant dû s'effacer derrière Brooklyn et le Queen's dès le début des 90's, le berceau du hip-hop n'a jamais vraiment été en mesure de reconquérir son leadership. Jusqu'à l'année 2017 qui verra non seulement le sacre de Remy Ma aux au BET Awards mais aussi, et surtout, le show Cardi B bouffer l'écran en un temps record. L'encéphalogramme à peine reparti à la hausse, on retrouvait déjà une question sur toutes les lèvres du South Bronx à Washington Heights : la rookie de l'année allait-elle confirmer la hype de Bodak Yellow sur un album entier ? Sur Invasion of Privacy, on a évidemment droit à quelques faux-pas presque inévitables sur un premier effort (Get Up 10, Be Careful). Mais, malgré un talent perfectible, la charismatique dominicaine n'a clairement pas à rougir de cette entrée en matière portée par un flow qui peut faire des dégâts (Bartier Cardi, Bickenhead) mais surtout par une intéressante palette d'ambiances. Entre les influences sudistes (Drip, She Bad), l'hommage à son héritage latino-caribéen sur Like It Like That et des titres plus posés teintés de R&B, dont l'excellent I Do avec SZA, Cardi B nous propose un premier album varié sur lequel on n'a pas le loisir de s'emmerder. Et c'est bien là l'essentiel de ce qu'on attendait d'elle pour une première prestation officielle.                                                     

 

 

cardi b - bartier cardi

 

MAISON DE MANHATTAN 

 

 

Sur les trois années qui séparent At.Long.Last.A$AP et Testing, on ne peut pas vraiment accuser A$AP Rocky d'avoir abandonné son public puisque largement présent sur les deux albums du collectif A$AP Mob, les Cozy Tapes I & II, ainsi que sur les projets de ses coéquipiers. Et c'est quand on a commencé à se dire qu'il nous tardait quand même de le retrouver en solo qu'il a dégaîné l'audacieux A$AP Forever, un premier single qui a scandalisé quelques puritains des musiques électro. Combinaison finalement très réussie entre un excellent flow, un sample casse-gueule de Moby et un clip sublime, cette petite claque annonçait un retour en grandes pompes. Sur Testing, un album qui n'aura jamais aussi bien porté son nom, les rues de Harlem (A$AP Forever, Toney Tone, Praise the Lord) servent de rampe de lancement vers le cosmos où Flacko écrira sa propre épopée sci-fi à coups d'instrus rétro-futuristes (Buck Shots, Gunz N Butter) avant d'entamer une délicate descente au travers de nuages peuplés d'arc-en-ciel et de licornes (Kids Turned Out Fine, Hun43rd, Purity). Oeuvre avant-gardiste  ou délire prétentieux d'un néo-hipster ? Seul le temps nous dira si les risques pris par A$AP Rocky dans sa quête du trône étaient opportuns.

 

 

a$ap rocky - a$ap forever

 

MAISON DU QUEENS

 

Habituée depuis des années à un règne factice sur le "rap féminin" (étiquette hyper réductrice dont raffolent les médias classiques), Nicki Minaj se permettait toutes les largesses, dont celle de déverser sur nous des litres de pop dégueulasse. Sauf qu'à force de se croire au dessus des lois, elle a fini par se faire sérieusement bousculer par la concurrence qu'on lui invente, comme s'il n'y avait qu'un seul spot pour une rappeuse. Face à la consistante Rapsody, aux espoirs DeJ Loaf, Dreezy ou Young MA, et surtout face à la révélation Cardi B, l'impératrice trinidadienne du Queen's devait impérativement se donner les moyens de réagir fermement pour récupérer sa couronne en carton. Et à l'écoute de l'album qu'elle vient de sortir, le bien nommé Queen, on s'avoue agréablement surpris tant elle a pris la mission back-to-the-fundamentals au sérieux ! Avec un flow appliqué, qu'elle a enfin décidé de réintégrer dans son arsenal (Hard White, Chun Swae, Chun-Li, LLC), des instrus plus graves et lourdes que d'habitude, les notes plus légères (Run & Hide) sont tout de suite plus digestes qu'auparavant. Comme elle l'avait elle même pompeusement annoncé, même si à l'époque on avait du mal à prendre son égo au sérieux, Nicki nous livre ici un des meilleurs albums de l'année. Mentions spéciales au morceau Barbie Dreams qui, au-delà du titre qui ne laissait rien augurer de bon, est une petite perle old school rendant hommage au son new-yorkais du Golden Age.

 

 

nicki minaj - chun-li 

 

MAISON DE BROOKLYN

 

Le borough de Brooklyn est en ce moment le terrain de jeu de l'ingérable Tekashi 6ix9ine, une version jeune et hispanique de Lil Jon, qui va un peu vite en besogne en réclamant la couronne sans avoir prouvé quoi que ce soit. En attendant un prochain projet de cette nouvelle icône teenager, revenons un instant sur un crew qui a fait ses preuves et qui compte lui aussi en son sein un drôle de type arborant une crinière colorée. Deux ans après leur Laced Odyssey, les potes de Joey Bada$$ nous livrent à nouveau un solide album, certes un peu long, en nous replongeant dans un mouvement Beast Coast (Vacation, The Goddess, U&I) qui tendait très sérieusement à s'essouffler depuis ses heures de gloire 2012-2015. Sur Vacation in Hell, les flows de Meechy Darko, Erick The Architect et Zombie Juice entendent très clairement se dissocier de la mode mumble rap (Chunky, Ask Courtney) et les productions proposées prennent à contre-pied ceux qui s'attendaient à ce que les paillettes et le soleil des visuels se traduisent à l'écoute. Au contraire, le décalage entre l'image et le son dépeint un tableau bien pessimiste sur lequel on aurait forcé des retouches colorées (M. Bison, Reel GirlsLeather Symphony). Un peu comme ce que vous lisez sur le visage des trentenaires dépressifs qui cachent leur profond mal-être derrière des rails de coke et des afters qui ne servent à rien d'autre qui fuir le temps qui s'égrène. Moins "shiny" qu'il n'y paraît, donc. Mais certainement pas moins brillant pour la cause. 

 

 

flatbush zombies & joey bada$$ - vacation

 

MAISON DE STATEN ISLAND

 

 

   Soyons honnêtes... En entamant cet article, je me suis demandé si on allait tous gentiment nier le fait que la géographie de New York soit divisée en cinq entités, tant cette partie-ci est de loin la moins sexy et la moins prolifique en rappeurs de renoms. Il n'est pas exagéré de rappeler que Staten Island est portée depuis 25 ans par le même clan (et clairement pas n'importe lequel, c'est vrai) : le Wu-Tang. Et c'est de l'un de ses membres les plus iconiques que vient la surprise de la semaine puisqu'on apprend que Method Man s'apprête, du haut de ses 85 ans de carrière, à rechausser les crampons ! Plus présent sur petit écran (dans les séries Luke Cage et The Deuce) que dans les actus Spotify et Youtube de ces dernières années, le M-E-T-H-O-D avait tout de même lancé quelques saillies qui laissaient entrevoir ce qu'il avait encore sous le capot. Comme ici, on a tendance à se méfier de ce genre de come-back, il ne nous reste qu'à espérer que ce Meth Lab II : The Lithium soit fait de la même verve que ses passages sur Trillmatic du A$AP Mob et sur la B.O. de Luke Cage (Bulletproof Love). To be continued !   

 

 

Method Man - Grand Prix

 

 

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